Fragments d'écriture

Fragments arrachés au quotidien, bribes de scènes, éclats de voix intérieures. Ni tout à fait histoires, ni tout à fait poèmes : juste des fragments.

#4

Carcasses volatiles,
vous êtes à ma merci.
Les corbeaux désenchantent, mélodies réajustées à vos douces oreilles ; j’embarque sur vos îles écervelées, je surprends sur vos pilules en communion quand les dents cassent, je taris vos sources languissantes en plaie sur vos espoirs,
j'exulte de ces râles quotidiens qui vous assoiffent, de ces souffles qui vous dépouillent, je ravis le son des premiers jaillissements,
vous naissez sur vos tombes,
corps à la chute,
esclave de ces désirs en succion sur danses, bouches sur cigarettes qui explosent, cadavres à la pelle prient les morts qui déambulent, un bouquet de fleurs entre les mains, chairs exploitées en violence sur péchés intarissables, mains défilent en rétine sur monde, salive pavane entre chênes abattus, enjambées à l’embrouille en pages divines,
j’altère,
j'abîme,
j’éteins,
et t’écoule, toi,
comme les sept autres milliards retenus debout.

# 3

Un splat, et l’eau qui éclabousse le sol.

Les possibles comme extensions, rivelets d’un balai espagnol qui dans sa trace, lave, et purge de ce qui se dépose et qu’on souhaite débarrasser. Au service. Je suis au service, et dans ma servitude c’est aussi moi que j'absolve. Sous le regard de Madame. Un fauteuil en velours bleu nuit, dont l’assise s’ouvre vers le ciel comme pour éclore ; elle est au centre, tire sur son porte cigarette et de son souffle balaye le jasmin qui teinte l’atmosphère. Sa jupe longue dévoile la courbe d’une cheville délicate, encerclée. Elle me scrute avec intérêt. De hauts talons que je n’ose qu’à moitié ; une révérence. Je me dois de toujours. L'arrondi de mes bras qui comme la valse baladent à tourbillonner, et je termine près de là où je commence. Les fenêtres grandes ouvertes soufflent les voiles blanc d’un travail éphémère.

# 2

Elle s’appuie contre le capot de la voiture, les chevilles croisées. Son regard est penchée sur le dossier qu’elle tient entre ses mains ; un dernier coup d’œil avant leur prochain rendez-vous, pour être sûre. Une mèche de cheveux s’est échappée de sa longue tresse rousse et balade au rythme du vent. Le regard est concentré, précis.

Il s’appuie à son tour contre leur location, au niveau de l’épaule non loin d’elle, le genoux plié, et contemple son profil. Le soleil plane haut dans le ciel, illumine les courbes alentours d’une manière royale. Il est comme un gamin qui patauge, qui saute à pieds joints dans une flaque sans ses bottes en plastique, avec l’insouciance de qui pourrait être à côté. C’est une question de plaisir, c’est une façon de savourer sur le moment. De dévorer, de croquer ce que ces yeux peuvent goûter ; car il ne l’avait jamais vu, ce moment, il ne l’avait jamais vu. Il n’a jamais pu apprécier encore de cette lumière, la courbe de son nez qui vient rencontrer ses lèvres charnues de cette manière là, baignées de cette aura là. Ses yeux se posent sur sa bouche, et sa langue vient humidifier ses lèvres d’un réflexe inconscient.

Le vent du désert est différent, il assèche.

# 1

Et, un coursier, lorsqu’il se retourne et que je le contemple s’en aller, je lis : «Ikea Air».
Ah non, «Nike Air».